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Châtellerault : Sur les traces de la manu.

  Châtellerault : Sur les traces de la manu. 

                   

Châtellerault - Sur les traces de la manu : 24. Cent cinquante ans de formation professionnelle

                           Chef-d'œuvre réalisé par un élève de l'école d'apprentissage, un éléphant démontable en acier. - Chef-d'œuvre réalisé par un élève de l'école d'apprentissage, un éléphant démontable en acier. - (Collection Guy Armand)

Chef-d'œuvre réalisé par un élève de l'école d'apprentissage, un éléphant démontable en acier. - (Collection Guy Armand)

Après la traditionnelle formation par apprentissage auprès de maîtres, une école interne à la Manu est créée en 1888.

Dès la création de la Manu, en 1819, il faut former des professionnels de l'arme blanche, car il n'en n'existe pas sur place. C'est la raison de la venue à Châtellerault des armuriers alsaciens du Klingenthal, puis, dix ans plus tard, de l'arrivée de ceux de Charleville et Maubeuge pour la fabrication des armes à feu.

 Elle assure un socle d'ouvriers de précision stable et performant

En cette première période de la Manu, jusqu'aux années 1860-1870, les armuriers sont en effet très spécialisés et travaillent surtout manuellement. Leur formation dure plusieurs années sous la direction d'un maître ouvrier qui éduque et souvent héberge ses apprentis. Former des apprentis est une sujétion, mais les maîtres en ont l'obligation et reçoivent une gratification dans ce but. En 1839, il y a environ 50 apprentis pour un effectif de 800 ouvriers.
A partir des années 1860, les machines-outils commencent à s'implanter, la fabrication de série apparaît et les ouvriers se divisent en deux catégories : d'une part, les opérateurs sur machines que l'on recrute et forme rapidement en cas de grosse commande – et que, bien sûr, on licencie tout aussi rapidement – et, d'autre part, des professionnels (ouvriers de précision, outilleurs…) qui assurent la pérennité de l'entreprise. Or, la formation professionnelle est inexistante dans l'enseignement. En conséquence, le directeur décide en 1888 la création d'une école d'apprentissage pour former quinze ajusteurs par an. Puis, en 1896, s'y ajoute la formation de tourneurs. 
Cette école est propre à la Manu mais, en 1899, le ministère de la Guerre établit un règlement commun à toutes les écoles des établissements de l'artillerie. Toutefois, le directeur reste maître du fonctionnement de l'école. Par ailleurs, des cours sont dispensés par des contrôleurs d'armes à des ouvriers et aux candidats armuriers de l'armée.
Jusqu'en 1940, l'école de la Manu évolue peu. Elle est réservée aux fils d'employés de l'établissement âgés de treize ans à l'entrée. Les promotions sont en général de 15 élèves, sauf pendant la Première Guerre mondiale, où elles sont portées à 40. La durée des études est de trois ans. Elle prépare essentiellement à deux spécialités, ajusteur et tourneur. L'enseignement théorique est donné par des cadres de la Manu et l'enseignement pratique par des instructeurs pris parmi les ouvriers de précision.
Les élèves ont le même horaire de travail que les ouvriers. En 1936, ils ont droit à deux semaines de congés payés. Totalement intégrée à l'établissement, très professionnelle, cette école répond à l'objectif d'assurer à la Manu un socle d'ouvriers de précision stable et performant.

 Châtellerault - Sur les traces de la manu : 25. L'École de la Manu : un modèle de formation

Équipe des formateurs en 1953. - Équipe des formateurs en 1953. - (Collection particulière)

Équipe des formateurs en 1953. - (Collection particulière)

Après la Seconde Guerre mondiale, l’École de la Manu s’adapte aux programmes de l’enseignement technique en conservant ses qualités.

En 1940, la Manu est rattachée au ministère de la Production industrielle et du Travail, et par la suite l'École d'apprentissage fait partie des Écoles de formation professionnelle normale (EFPN) du Service des usines mécaniques de l'État. Il en résulte une évolution de l'enseignement général qui se rapproche de celui des cours complémentaires, une multiplication des spécialités et une augmentation importante du nombre d'élèves.

A la Libération, la Manu retrouve la Direction des études et fabrications d'armement (DEFA). Celle-ci conserve les EFPN et met en place un système de formation « de l'apprenti à l'ingénieur » dont elles sont le premier maillon.

 Ouverture d'un centre de formation

Les élèves de l'EFPN de Châtellerault sont recrutés sur concours après la classe de fin d'études. Ils préparent le CAP – à l'époque un diplôme prestigieux – et la réussite est pratiquement de 100 %, ce qui peut être attribué au recrutement, aux conditions de travail alliant la rigueur et un équipement de qualité, et à l'encadrement.
Celui-ci comprend des enseignants de formation générale détachés, de l'Éducation nationale ou vacataires, mais toujours passionnés, ainsi que des techniciens issus de la Manu et spécialement formés pour en transmettre le savoir-faire.
L'équipement est tel que dès 1954 des élèves du Centre d'apprentissage du Collège sont autorisés à venir travailler sur quelques-unes des 96 machines-outils de l'École.
Les étages supérieurs de la formation conçue par la DEFA n'ouvrent pas à Châtellerault car la fermeture de la Manu est prévue mais un certain nombre d'élèves sont sélectionnés pour les Écoles supérieures, éventuellement après avoir exercé un emploi d'ouvrier durant plusieurs années et peuvent ainsi profiter des possibilités de promotion interne.
En 1961, la fermeture de la Manu est décidée. L'École s'ouvre alors à la formation pour l'industrie privée. Les responsables des nouvelles entreprises châtelleraudaises, dont plusieurs sont issus de l'École de la Manu, connaissent bien la qualité de ses diplômés.
Un Centre de formation professionnelle pour adultes (FPA) ouvre la même année.
L'École survit quelques années à la fermeture de la Manu en 1968, mais se détache de la DEFA en 1970. Certains de ses enseignants feront le bonheur d'autres établissements, l'un d'eux aidera au démarrage de l'IUT de Poitiers. 
Le Centre de FPA demeure, s'agrandit et acquiert une réputation en mécanique, électromécanique et maintenance digne de la vieille école fondée au XIXe siècle.

 Mercredi prochain, la reconversion vers les productions civiles après 1945.

à suivre

La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale. C'est sous ce titre que Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal, avec le soutien du Service historique de la Défense, ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l'histoire des hommes qui ont fait la Manu. Avec l'accord des auteurs et de l'éditeur nous avons décidé de lui consacrer une série d'articles tout au long de cette année scolaire jusqu'au mois de juin. 
A cette occasion, Geste Éditions vous propose de gagner des ouvrages sur la région. Pour cela, il vous suffit de découper le bulletin publié régulièrement et de le renvoyer à l'adresse indiquée.

« La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €