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Châtellerault : Sur les traces de la manu.

Châtellerault : Sur les traces de la manu.

Châtellerault - Sur les traces de la manu : 5. Ces entrepreneurs qui ont " fait " la Manu

                      Adrien Treuille, dernier entrepreneur de la Manu. - Adrien Treuille, dernier entrepreneur de la Manu. - (Collection G. Armand)

Adrien Treuille, dernier entrepreneur de la Manu. - (Collection G. Armand)

Les entrepreneurs châtelleraudais ont participé au développement de la Manu durant plus de soixante ans, de 1831 à 1895.

La Manu, construite par l'État, est toujours restée sa propriété. Cependant, dès la fin de sa construction en 1831, elle fonctionne sous le régime de l'entreprise. Un directeur militaire, assisté de réviseurs et contrôleurs d'armes, supervise la fabrication des armes commandées par l'État. Un entrepreneur privé assure la gestion des installations et du personnel. Hormis les militaires et les immatriculés, le personnel dépend de lui. Il peut également vendre des armes pour son compte à l'étranger.

L'État lui garantit un volume de commandes en échange d'une bonne gestion et d'un bénéfice limité. L'entrepreneur est choisi par un concours où l'on retient celui qui fait le plus gros rabais sur son bénéfice.
Les industriels et financiers châtelleraudais se sont beaucoup investis dans cette entreprise, qu'ils ont détenue pendant cinquante ans. Trois d'entre eux sont particulièrement connus.
Philippe-Jules Creuzé (1803-1868), fils du député-maire de Châtellerault Robert-Augustin Creuzé, qui a obtenu la création de la Manufacture de Châtellerault. Banquier et notable châtelleraudais, président du tribunal de commerce, de la Société de secours mutuel, etc., Jules Creuzé est entrepreneur de la Manu pendant 31 ans de 1835 à 1866, en commun avec Paul Proa jusqu'en 1851 puis seul. Son entreprise est marquée par les débuts de la mécanisation et par les passages successifs des armes à silex aux armes à percussion puis à canon rayé, puis à chargement par la culasse. Une révolution technique et intellectuelle pour une industrie qui avait très peu évolué depuis deux siècles.

6.000 ouvriers avec Adrien Treuille

Auguste Chassepot, oncle et beau-père d'Alphonse Chassepot, lequel avait mis au point le fusil qui porte son nom. Il est entrepreneur de 1866 à 1878, une période marquée par la première fabrication en grande série, celle du « Chassepot ».
Adrien Treuille, polytechnicien et ingénieur des tabacs, a été le dernier entrepreneur de 1889 à 1895. L'entreprise d'Adrien Treuille est restée fameuse grâce à la commande russe de 500.000 fusils en 1890, qui a permis à la Manu d'employer jusqu'à 6.000 ouvriers entre 1892 et 1894...Mercredi prochain, « L'évolution de l'usine au Second Empire ».

Châtellerault - Sur les traces de la manu : 6. Sous le second Empire la première mue de la Manu
Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd'hui patinoire. - Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd'hui patinoire.
Le bâtiment 193, seul survivant des constructions du second Empire, successivement aiguiserie puis forge, aujourd'hui patinoire.

La révolution industrielle qui caractérise le XIX e siècle atteint les manufactures d’armes à partir des années 1850. A Châtellerault comme ailleurs.

Au début de l'activité de la Manu, les fabrications, l'outillage et l'organisation du travail sont encore ceux du XVIIIe siècle. Les canons de fusils sont obtenus en repliant une lame de fer soudée sur l'enclume, les sabres sont forgés manuellement, les pièces de mécanismes sont achevés à la lime.

Le colonel Arcelin, directeur en 1841-42 puis en 1849-52 réalise une première transformation des armes à feu en remplaçant le silex par la percussion après 1840 puis lance l'étude du fusil à chargement par la culasse.
Mais une véritable révolution se prépare dans l'industrie. Le fer est remplacé par l'acier produit en grande quantité dans les convertisseurs Bessemer. Il n'est plus nécessaire de marteler le fer pour obtenir un acier très coûteux. Les machines-outils se généralisent, équipées d'outils en acier de coupe rapide et l'énergie thermique multiplie la puissance des ateliers.
Le gouvernement décide de moderniser les manufactures d'armes. Châtellerault est choisi comme site pilote et Frédéric-Guillaume Kreutzberger comme ingénieur. Né à Guebwiller celui-ci est parti travailler aux Etats-Unis où il est devenu directeur technique de la fabrique d'armes Remington. A partir de 1860 il transforme les usines en bord de Vienne. Deux d'entre elles sont surélevées pour recevoir les machines verticales à forer les canons de fusils en acier et deux nouvelles sont construites. Des machines-outils remplacent le travail à la lime, la machine à vapeur fait son apparition cependant que les antiques roues hydrauliques sont remplacées par des turbines plus efficaces. Et le fusil Chassepot peut être fabriqué en série dès 1867.

 Entre deux époques

Les conditions de travail évoluent également, les professions se transforment, de vieux métiers disparaissent, forgeurs de canons, platineurs, garnisseurs. La condition ouvrière en subit le contrecoup. Dès 1868, les immatriculés ne représentent plus que le quart des ouvriers, dont la masse se trouve exclue des avantages spécifiques du métier d'armurier.
La Manu et son personnel se trouvent entre deux époques, celle des maîtres et compagnons qui se termine et celle des travailleurs à la chaîne qui débute...Mercredi prochain : 7. L'usine de la troisième République.

à suivre : La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale. C'est sous ce titre que Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal, avec le soutien du Service historique de la Défense, ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l'histoire des hommes qui ont fait la Manu. Avec l'accord des auteurs et de l'éditeur nous avons décidé de lui consacrer une série d'articles tout au long de cette année scolaire jusqu'au mois de juin. 

A cette occasion, Geste Éditions vous propose de gagner des ouvrages sur la région. Pour cela, il vous suffit de découper le bulletin ci-dessous et de le renvoyer à l'adresse indiquée.

« La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €

Châtellerault - Sur les traces de la manu : 7. La Manu " républicaine " entre mythe et réalité

Un bâti symbolique de la Troisième République en 1886-1887 : la façade de l'atelier central de constructions mécaniques (actuel musée de l'Auto-moto-vélo) et les deux cheminées. - Un bâti symbolique de la Troisième République en 1886-1887 : la façade de l'atelier central de constructions mécaniques (actuel musée de l'Auto-moto-vélo) et les deux cheminées. - (cliché Martine Destouches)

Un bâti symbolique de la Troisième République en 1886-1887 : la façade de l'atelier central de constructions mécaniques (actuel musée de l'Auto-moto-vélo) et les deux cheminées. - (cliché Martine Destouches)

En 1880-1890, la République soigne la Manu : constructions, commandes, hausse d’effectif, fêtes. Mais la réalité est plus nuancée pour le personnel.

Alors que l'usine se transforme, la volonté politique de faire triompher l'ordre et le prestige est indéniable. Il faut glorifier le progrès technique et l'habileté des ouvriers de la manufacture tout en les protégeant de la luxure des cabarets et des mauvaises lectures. Ce double défi s'exprime tant dans l'architecture des nouveaux bâtiments que dans l'éclat des fêtes publiques.

 2.975 ouvriers en 1879 puis 5.597 en 1894

La monumentale façade de l'atelier central de mécanique construite en 1886-1887 (actuel Musée auto-moto-vélo) en offre la preuve. De même que la pierre résiste face aux nouveaux matériaux, l'ordre militaire s'impose. Ceci d'autant plus que le ministre de la Guerre qui décide de cette construction n'est autre qu'un certain général Boulanger, connu pour sa dérive autoritaire. La République a pris le chemin de la guerre de masse en instaurant le service militaire universel de cinq ans en 1872-1873 puis de trois ans en 1889. La manufacture de Châtellerault devient un maillon important du complexe militaro-industriel de l'État. Elle doit équiper des masses de soldats et pour cela augmenter les effectifs ouvriers : 2.975 en 1879 puis 5.597 en 1894. Les premières femmes sont embauchées et l'école d'apprentissage créée. 
Quant au prestige républicain, il se manifeste particulièrement lors de la commande du Tsar et de tout l'apparat qui l'accompagne : la visite du président de la République Sadi Carnot le 17 septembre 1892 devant les grilles ornées de magnifiques panoplies de sabres, la fête somptueuse organisée le 25 avril 1895 sur le site de la Manu pour célébrer le départ de la délégation russe, puis deux ans plus tard la réception de la précieuse cloche offerte par Nicolas II.

Licenciement de 4.048 ouvriers

Pourtant, derrière ces éclats, se dissimule une réalité moins brillante comme en témoigne le licenciement de 4.048 ouvriers à l'issue de la livraison de la commande russe.
Il n'en demeure pas moins qu'en cette fin de XIXe siècle, l'État républicain a repris la main sur les entrepreneurs pour construire un ensemble industriel cohérent où la production est planifiée sous la direction unique d'officiers-ingénieurs. Au pied des cheminées géantes l'ère du fusil Lebel s'épanouit.

 Semaine prochaine : 8. La révo- lution industrielle passe par la Manu.

à suivre

La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale. C'est sous ce titre que Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal, avec le soutien du Service historique de la Défense, ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l'histoire des hommes qui ont fait la Manu. Avec l'accord des auteurs et de l'éditeur nous avons décidé de lui consacrer une série d'articles tout au long de cette année scolaire jusqu'au mois de juin. 
A cette occasion, Geste Éditions vous propose de gagner des ouvrages sur la région. Pour cela, il vous suffit de découper le bulletin ci-dessous et de le renvoyer à l'adresse indiquée.

« La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €

Châtellerault - Sur les traces de la manu : 8. La révolution industrielle passe par la Manu

                                 A la fin du siècle, la forge est dotée de marteaux-pilons. - A la fin du siècle, la forge est dotée de marteaux-pilons. - (Photo Centre d'archives de l'armement).

A la fin du siècle, la forge est dotée de marteaux-pilons. - (Photo Centre d'archives de l'armement).

Quarante ans d’évolution donnent à la Manu, vers 1900, son statut final : une grande entreprise d’État, multifonctionnelle en métallurgie et mécanique.

Le dernier tiers du XIXe siècle est caractérisé par un développement spectaculaire des industries d'armement. Les armes à feu portatives du XXe siècle naissent à cette époque. En France, après le fusil Gras à cartouche métallique, apparaissent les armes à répétition. Le fusil modèle 1886 dit « Lebel » est entièrement mis au point à Châtellerault, en particulier par le contrôleur d'armes Albert Close.

 5.500 machines en 1890

Les progrès de la fabrication vont de pair avec ceux des armes. Le travail artisanal disparaît, remplacé par des machines-outils de divers types, dont le nombre atteint 5.500 en 1890. La forge est dotée de marteaux-pilons, une fonderie de fonte est créée. Deux puissantes usines thermiques animent l'ensemble des ateliers, leurs cheminées géantes sont toujours debout. Et désormais la manufacture est chauffée à la vapeur et éclairée à l'électricité.
L'organisation rationnelle du travail se met en place. L'atelier central en est le cœur. Les ouvriers de précision qu'il regroupe, mettent au point les machines, affûtent les outils, fabriquent les vérificateurs qui assurent l'interchangeabilité des pièces.
Les cadences de fabrication atteignent 1.000 fusils par jour, de sorte que la totalité de l'armement national est renouvelée en quelques années. Dès lors se pose le problème de l'emploi d'une telle usine et du sort de ses ouvriers.
Mais on se rend compte que machines et ouvriers sont maintenant universels et peuvent participer à toutes fabrications du domaine mécanique. La Direction de l'Artillerie fait alors appel à la Manu pour des productions très diversifiées : glissières de canons, munitions, voiturettes. C'est l'ensemble des usines d'armement qui concourt à l'équipement des armées françaises.

Naissance d'une école d'apprentissage

La transformation des métiers entraîne celle de la formation. Il est assez facile de recruter dans la campagne des usineurs pour le travail en série, par contre les ouvriers de précision sont peu nombreux dans la région. Pour remplacer l'apprentissage auprès des maîtres-ouvriers de jadis, une École d'apprentissage est créée en 1888. Les manuchards du XXe siècle vont bientôt entrer en scène.

 Prochain article : 9. Des avancées sociales à la Manu.

à suivre

La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale. C'est sous ce titre que Marie-Claude Albert, Pierre Bugnet, David Hamelin et Patrick Mortal, avec le soutien du Service historique de la Défense, ont publié en septembre dernier un ouvrage imposant sur l'histoire des hommes qui ont fait la Manu. Avec l'accord des auteurs et de l'éditeur nous avons décidé de lui consacrer une série d'articles tout au long de cette année scolaire jusqu'au mois de juin. 
A cette occasion, Geste Éditions vous propose de gagner des ouvrages sur la région. Pour cela, il vous suffit de découper le bulletin ci-dessous et de le renvoyer à l'adresse indiquée.

« La Manufacture d'armes de Châtellerault, une histoire sociale (1819-1968) », chez Geste Éditions. 424 pages. 25 €